« Déranger » la classe sans se retrouver en retenue

Unir la technologie et la prouesse des enseignants au profit de l’apprentissage actif

Selon Elizabeth Charles, il faut remonter au rétroprojecteur pour trouver une « nouvelle » technologie qui a vraiment influencé l’enseignement. La grande popularité de l’outil a pris son envol dans les années 1950 alors que les enseignants y découvraient l’avantage de pouvoir modifier leurs leçons en classe, selon le cours des discussions. Il s’agissait, pour reprendre les mots de madame Charles, d’une technologie dérangeante qui imposait une nouvelle façon d’enseigner et d’apprendre.

« Depuis 30 ou 40 ans, la technologie n’a pu percer en salle de classe ou « être dérangeante » de manière à provoquer des changements dans le monde de l’éducation », affirme madame Charles, codirectrice de SALTISE (Supporting Active Learning & Technological Innovation in Studies in Education) au Dawson College à Montréal. En entrevue téléphonique, elle explique qu’on essaie de nouvelles technologies depuis longtemps, mais sans que l’une d’elles ne vienne transformer l’enseignement.

Elizabeth Charles est cochercheure pour l’un des 27 projets financés par le Fonds d’innovation sociale destiné aux communautés et aux collèges du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH). Les spécialistes de l’innovation sociale proposent de nouvelles idées ou en adaptent d’autres pour résoudre des problèmes sociaux. Ainsi, l’étude de madame Charles vient appuyer les enseignants adeptes de l’apprentissage actif en les encourageant à y incorporer plus efficacement les nouvelles technologies.

L’objectif cadre bien avec la mission que le CRSH se donne de chercher « les nouvelles méthodes d’apprentissage […] dont les Canadiens auront besoin pour réussir dans la société et sur le marché du travail de demain » et comment les technologies émergentes peuvent profiter à la population canadienne.

Chaque discipline ayant souvent sa propre culture et son propre vocabulaire, certains élèves ont du mal à y trouver leur place; les recherches montrent que l’apprentissage actif les aide énormément à surmonter ce défi.

En effet, si les étudiants font des travaux pratiques liés aux réalités quotidiennes, par exemple la collecte de données sur les problèmes environnementaux ou sur le manque d’accès aux services sociaux, ils commencent à s’intégrer à la culture du milieu et en apprennent le langage.

L’apprentissage actif mise sur l’engagement étudiant. Grâce au travail d’équipe — expérimentation, résolution de problèmes, recherche d’information, réflexion sur le travail accompli —, les étudiants apprennent plus en profondeur que dans les cours magistraux. Toutefois, cela se révèle très exigeant pour le personnel enseignant, qui doit élaborer des leçons et des activités connexes, aider les équipes à maintenir le cap et servir d’ultime ressource en classe.

Il existe de l’équipement et des logiciels d’appui, mais de nombreux enseignants n’ont pas le temps de les maîtriser, encore moins de les adapter aux besoins particuliers de leurs étudiants. Le projet d’Elizabeth Charles vise donc à outiller les enseignants pour qu’ils puissent « orchestrer » l’apprentissage actif; cet objectif réalisé, ils sont davantage portés à abandonner la tradition pour enseigner différemment.

Le Fonds d’innovation sociale encourage les chercheurs des collèges à travailler en partenariat, dans la communauté et à l’extérieur de leur discipline et leur établissement. Madame Charles collabore justement avec plusieurs collègues d’autres collèges et universités, ainsi qu’avec des enseignants et trois entreprises productrices de logiciels éducatifs.

À propos de Dawson College

Dawson College is a large, long-established educational institution within Quebec’s network of CEGEPs that is woven into the fabric of academic life in Montreal. Dawson... Lire plus

Résoudre des problèmes communs sur des distances peu communes

Des campus à Montréal et au Mexique s’unissent pour assainir l’environnement

L’éducation est censée nous léguer un héritage concret, mais pas sous forme de millions de bouteilles d’eau en plastique abandonnées par des étudiants assoiffés, ou de montagnes de déchets produits par les collèges et les universités qui tentent de créer un monde meilleur un diplôme à la fois.

Gisela Frias, chercheure et professeure au Département de géographie du Dawson College à Montréal, dirige un projet subventionné par le Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) où les professeurs et les étudiants de Dawson travaillent avec leurs pairs au Mexique pour promouvoir la viabilité environnementale sur les campus des deux pays.

« Nos universités et collèges ont une responsabilité sociale, nous devons agir comme pionniers en vue de piloter les réflexions sur les grandes questions sociales et environnementales et d’y apporter des solutions », affirme Gisela Frias en entrevue. « Il ne suffit pas de générer des connaissances par la recherche. Ce savoir doit guider nos propres façons de faire. Nous devons prêcher par l’exemple. »

Sharing Our Knowledge to Create Sustainable Campuses, un ouvrage coordonné par la professeure Frias et une collègue du Mexique, Margarita Hurtado Badiola, définit les « campus durable » : Les établissements durables protègent la vie, l’eau et l’énergie, et évitent de produire des déchets. De plus, ils incorporent des notions environnementales dans leurs programmes d’études et aspirent à l’équité et à la justice sociale.

Le projet que dirige Gisela Frias grâce au Fonds d’innovation sociale destiné aux collèges et aux communautés du CRSH est né du travail mené avec ses collègues du Mexique pour Sharing Our Knowledge. L’objectif est de concevoir des projets favorisant non seulement la viabilité environnementale sur les campus, mais aussi une culture de « durabilité » que les étudiants, diplôme en mains, répandent ensuite grâce à leur savoir-faire.

Comme lors d’un autre projet avec le Centre de recherches pour le développement international, les étudiants de Dawson participent à des projets de développement durable dans les établissements partenaires du Mexique, où ils enseignent et apprennent du même coup. De retour à Montréal, ils partagent leurs acquis. Pendant cette initiative de trois ans, six étudiants par année issus des programmes de loisirs et leadership communautaires, d’études environnementales et de sciences environnementales de Dawson iront au Mexique.

Ella Martin, étudiante du Dawson College qui est allée au Mexique en 2015 dans le cadre du projet, estime que leur simple présence sur les campus pour exécuter leurs projets (y compris un four solaire et une cheminée d’évacuation pour la chaleur d’un édifice) suscitait l’intérêt pour la durabilité.  « À mon avis, c’est grâce à notre présence que nous et nos pairs mexicains avons constaté la portée internationale de la durabilité… les gens partout dans le monde y aspirent. »

Si les distances posent parfois des défis aux partenaires du projet, les réunions mensuelles en ligne et les ateliers annuels facilitent néanmoins le partage des connaissances. De plus, à la fin de l’année inaugurale du projet, les partenaires comptent lancer et animer ensemble un cours agréé traitant des campus soucieux de la durabilité environnementale.

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Combler le fossé numérique

Un coup d’œil dans le sac à dos de son enfant réserve toujours des surprises, qu’il s’agisse des restes d’un vieux sandwich ou d’une convocation à une rencontre de parents… qui avait lieu deux semaines plus tôt. Les écoles ne peuvent pas grand-chose pour les sandwichs, mais elles ont de plus en plus recours aux moyens électroniques pour communiquer avec les parents.

Le problème c’est que les parents n’ont pas tous le même accès à la technologie, ni le même niveau de maîtrise de cette dernière. C’est selon cette prémisse que Josée Thivierge, conseillère pédagogique au Centre d’étude des conditions de vie et des besoins de la population (ÉCOBES) du Cégep de Jonquière, mène une étude sur l’accès qu’ont les parents d’élèves du secondaire aux outils numériques et l’utilisation qu’ils en font. Ce projet bénéficie du soutien du Fonds d’innovation destiné aux communautés et aux collèges du Conseil de recherche en sciences humaines.

« Les écoles communiquent de plus en plus par Internet », explique Mme Thivierge en entrevue. « Or, les parents défavorisés n’ont pas nécessairement d’ordinateur. S’ils en ont un, ils ne sont pas forcément à l’aise de s’en servir. Nous cherchons donc la meilleure façon de communiquer avec les parents qui ne sont pas devant un ordinateur toute la journée. »

Si l’école devait communiquer essentiellement par voie électronique, les parents qui ne parlent pas français et ceux qui sont peu scolarisés pourraient se sentir mis à l’écart. De plus, ils pourraient hésiter à écrire à l’école pour poser des questions. C’est important, parce que les recherches montrent une corrélation importante entre l’implication des parents dans l’éducation de leur enfant et la réussite étudiante, qui se traduit par une motivation accrue et de meilleurs résultats scolaires.

En plus des messages portant sur des élèves en particulier, les écoles utilisent souvent la voie électronique pour expliquer des enjeux importants aux parents, par exemple les conséquences de l’abandon du cours de mathématiques pour un élève. Cette décision influencera leur scolarité et les suivra potentiellement toute leur vie, mais les parents qui ne maîtrisent pas la navigation sur Internet à travers une série de liens et de sites web ne seront peut-être pas en mesure de se faire une idée de la question et d’aider leur enfant à prendre une décision éclairée. Les parents qui possèdent un ordinateur sans être très adeptes de l’informatique et ceux qui sont confrontés à la barrière linguistique peuvent se sentir dépassés par la montagne d’information sur Google et apprécieraient de recevoir un peu d’aide ou de voir concentrés les renseignements pertinents sur un seul site web.

La première année du projet sera consacrée à l’étude de l’accès qu’ont les parents aux outils numériques et de l’utilisation qu’ils en font. La deuxième année sera centrée sur la création d’une stratégie de communication et de ses outils de mise en œuvre, afin de familiariser les parents avec les outils électroniques pour leur permettre de soutenir leurs enfants dans leur cheminement scolaire.

Certains parents étaient réjouis de pouvoir regarder en ligne des vidéos d’une classe en action, car ils les considéraient plus révélateurs que les réponses marmonnées par leur adolescent. Apprécieraient-ils une page Facebook? Qu’en est-il d’un site web qui leur permettrait de vérifier l’horaire de leur enfant (voire sa présence à l’école)? Il serait possible de créer des vidéos sur les collèges, et peut-être qu’ultimement, ces vidéos de présentation pourraient être utilisées par tous les collèges du Québec. Mme Thivierge n’a pas toutes les réponses, mais la subvention du CRSH lui a donné la possibilité d’explorer. « Je dispose d’une grosse équipe dans mon collège pour ce travail. J’apprécie la liberté que ça me procure, parce qu’il y a de la place pour l’innovation. »

À propos de Cégep de Jonquière

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Vers une stratégie favorisant l’intégration des immigrantes sur le marché du travail

Les immigrants viennent au Canada pour changer de vie. Cependant, pour nombre d’entre eux, les changements ne sont pas à la hauteur de leurs espérances, et c’est particulièrement vrai pour les femmes de carrière.

« Ce projet est très stimulant du fait que la plupart des recherches effectuées jusqu’à maintenant portaient sur l’emploi des immigrants en général, sans tenir compte des difficultés particulières que rencontrent les femmes », explique Frédéric Dejean. « Pourtant, si vous êtes une musulmane d’Afrique du Nord, les problèmes auxquels vous serez confrontée seront différents de ceux rencontrés par votre mari. »

Chercheur à l’Institut de recherche sur l’intégration professionnelle des immigrants du Collège de Maisonneuve, à Montréal, M. Dejean est aussi directeur d’un projet subventionné par le Fonds d’innovation sociale destiné aux communautés et aux collèges, intitulé « Nouvelles solutions à la déqualification professionnelle des immigrantes ».

Comme le précisait M. Dejean dans le cadre d’une entrevue, en plus de ne pas considérer la différence entre les sexes, la plupart des recherches ont tendance à être axées sur les nouveaux arrivants. Lui-même, ses collègues et leurs partenaires communautaires collaborant au projet (deux groupes œuvrant auprès des immigrantes) savent que les immigrantes mettent fréquemment de côté leur recherche d’emploi pendant quelques années pour élever leurs enfants pendant que leur mari travaille. C’est pourquoi ce projet vise uniquement les femmes qui demeurent au Québec depuis au moins trois ans.

Fait à noter, l’équipe s’entretient avec des immigrantes originaires d’autant de pays que possible et qui vivent dans différentes parties de la ville. Traditionnellement, les immigrants montréalais s’établissaient dans le centre-ville, où sont réunis les services s’adressant à eux. Or, comme de nos jours ils sont nombreux à prendre le chemin de la banlieue, ils se trouvent coupés des services qui les aideraient à trouver du travail.

Puisque l’institut de recherche cible les immigrantes économiques plutôt que les réfugiées, les femmes prenant part à cette étude sont plus instruites que la moyenne des Canadiens et possèdent des qualifications professionnelles impressionnantes. Pourtant, elles ont du mal à décrocher un emploi à la hauteur de leur formation et de leurs compétences.

Certaines femmes confient aux chercheurs qu’elles ont trouvé plus facile d’obtenir un emploi dans une entreprise anglophone, bien qu’elles parlent le français. Certaines estiment qu’elles ne sont pas arrivées à trouver du travail en raison de leur apparence. D’autres éprouvent du ressentiment en raison de la non-reconnaissance de leurs qualifications professionnelles, qui leur ferme la porte du marché du travail et entraîne pour elles une perte de statut. « On sent le désarroi causé par la situation qu’elles vivent. Je pense qu’il s’agit de la pire épreuve qu’elles subissent. » Beaucoup de femmes se plaignent du fait que les agences qui trouvent des emplois aux immigrants se concentrent sur le fait de trouver un emploi le plus vite possible au lieu de leur dénicher un travail correspondant davantage à leurs compétences. Elles regrettent aussi le fait que la rééducation professionnelle qu’on leur propose ne s’accompagne d’aucune aide à l’emploi.

Dejean, ses collègues et leurs partenaires communautaires ne se contenteront pas d’établir une nouvelle liste d’organismes sociaux. « Nous voulons comprendre le cheminement qui mène à l’obtention d’un emploi et découvrir les obstacles qui l’entravent », indique M. Dejean en expliquant que deux femmes qui possèdent des qualifications et un parcours semblables peuvent se retrouver avec des emplois très différents simplement à cause de l’agence ou même de la personne qui s’est occupée de chacune d’entre elles. « Nous voulons découvrir à quel moment ce cheminement prend telle ou telle tournure. » Au terme de leur étude, ils souhaitent participer à l’élaboration de stratégies destinées aux agences et de politiques publiques qui favoriseront l’épanouissement des immigrantes.

Industrie : Innovation sociale

À propos de Collège de Maisonneuve

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Surmonter la pression de la perfection : les adolescents et l’image corporelle

Les photos d’hommes musclés et de belles femmes maigres sont partout. Constamment soumises au regard anxieux des adolescents, elles aggravent un problème qui les afflige depuis longtemps, à savoir une mauvaise estime de soi.

« Le problème a en effet empiré », déclare en entrevue Marie-Ève Blackburn, d’ÉCOBES au Cégep de Jonquière (Centre d’étude des conditions de vie et des besoins de la population). « Les images du corps idéal, qu’il soit féminin ou masculin, sont de plus en plus présentes et constamment mises en valeur dans les médias. »

Madame Blackburn dirige un projet sur l’image corporelle et l’estime de soi des adolescents financé par le Fonds d’innovation sociale destiné aux communautés et aux collèges du Conseil de recherches en sciences humaines.

Selon elle, le souci de l’image corporelle a augmenté à tel point que plus de 70 % des élèves québécois disent agir au sujet de leur poids, que ce soit pour le stabiliser (34 %), en perdre (25 %) ou essayer d’en prendre un peu (16 %). Les filles sont plus insatisfaites de leur poids que les garçons, mais l’insatisfaction à l’égard de son corps est élevée pour tout le monde.

L’insatisfaction des adolescents a de lourdes conséquences : elle a été liée à l’anxiété, à la dépression, à l’intimidation et aux troubles alimentaires. Elle affecte également la perception de leur santé en général.

Le souci de l’image corporelle augmente, mais il n’est pas nouveau et de nombreux programmes ont été créés pour y faire face. Ce projet portera sur l’un d’eux : Bien dans sa tête, bien dans sa peau (BTBP). Mis sur pied par une organisation appelée ÉquiLibre (partenaire de ce projet), il vise à promouvoir une image corporelle saine chez les adolescents. Il est offert au Québec depuis 20 ans.

BTBP est un programme prêt à être utilisé et conçu pour être implanté par le personnel de l’école ou d’un organisme jeunesse. Il comprend une trousse de l’enseignant et 50 ateliers au choix, y compris sur le développement d’une image corporelle saine, l’attitude positive, l’estime de soi et le respect des autres. Plus de 550 écoles et organismes jeunesse l’utilisent.

« Grâce à ces ateliers, qui peuvent être programmés tout au long de l’année, les jeunes sont invités à prendre conscience de leur propre image de soi et de celle qu’ils ont des autres, qui contribuent à la pensée, aux croyances et aux préjugés empêchant souvent la personne d’être “bien dans sa tête et bien dans sa peau” », explique Madame Blackburn.

La mise en œuvre de BTBP a été évaluée, mais ses effets ne l’ont jamais été. En conséquence, la première étape du projet du Cégep de Jonquière est de mesurer les effets du programme un mois, trois mois, six mois et 12 mois après qu’il ait pris fin. Les chercheurs interrogeront les jeunes participants sur l’estime de soi, l’influence des médias, l’intimidation, la détresse, leur connaissance et le choix d’un mode de vie sain. ÉquiLibre utilisera cette information pour renforcer ou pour modifier le programme afin d’en augmenter l’efficacité.

La deuxième partie du projet consiste à former une équipe de recherche internationale et multidisciplinaire qui se penchera sur la question de l’image corporelle chez les adolescents. Elle réunit des intervenants et des universitaires pour produire et partager d’importantes.

Industrie : Innovation sociale

À propos de Cégep de Jonquière

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L’entraînement du cerveau au profit de la concentration  

Deux chercheures du Collège Montmorency à Laval ont une nouvelle façon d’aider les étudiants atteints du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) : leur montrer à aller au plus profond de leurs pensées pour moduler leurs ondes cérébrales et maintenir leur attention.

Andrea Szabo et Hélène Brisebois étaient psychologues praticiennes avant de se joindre au corps professoral du Collège Montmorency, et les deux se sont étonnées du nombre d’étudiants atteints du TDAH en situation de difficulté scolaire. Appuyées par une subvention du Fonds d’innovation sociale destiné aux communautés et aux collèges du Consaeil de recherche en sciences humaines, elles montent maintenant un laboratoire de neurofeedback sur le campus.

Les services aux étudiants atteints de TDAH existent depuis longtemps, affirme Andrea Szabo. Par exemple, on leur donne plus de temps aux examens ou on leur enseigne des stratégies d’apprentissage adaptées au TDAH. Dans l’ensemble, toutefois, les collèges, malgré leurs travaux et milieux plus exigeants, ont moins de services du genre que les écoles secondaires.

« On ne peut pas enseigner continuellement des stratégies. Les jeunes les connaissent », souligne la professeure Szabo. Elle ajoute qu’en tant que neuropsychologues, elle et sa collègue s’intéressaient aux techniques axées sur le cerveau, dont le neurofeedback, pour aider les gens à gérer la dépression et l’anxiété. Elles se sont donc demandé si cela pourrait aider les étudiants atteints de TDAH.

En neurofeedback, les participants apprennent à contrôler leurs ondes cérébrales. Le TDAH produit des cycles d’ondes particuliers que seul un électroencéphalogramme peut détecter. Au moyen de capteurs posés sur le crâne, l’appareil peut repérer les ondes cérébrales et les traduire en données sur un écran d’ordinateur.

Les étudiants reçoivent une formation assortie de renforcement positif lorsqu’ils réussissent à convertir les cycles d’ondes plus lents du TDAH en ondes dynamiques, indices d’attention et de concentration. À force de répétition, ils peuvent le faire sans l’appareil.

Les professeures Szabo et Brisebois ont constitué en laboratoire de neurofeedback divers locaux offerts par le Collège. Thought Technology leur a prêté les appareils spécialisés et, grâce à un partenariat avec le laboratoire de micro-encéphalographie de l’Institut de neurologie de Montréal, on voit en neuroimagerie perfectionnée l’effet de la formation sur la structure du cerveau.

Le potentiel du projet dépasse l’expansion des connaissances en neurophysiologie du TDAH et la gestion des symptômes par le neurofeedback : à plus long terme, la technique pourrait se voir dans d’autres milieux scolaires et favoriser la réussite scolaire de plus d’étudiants, qui, bien souvent, ne pourraient pas se payer le traitement.

Le projet générera de nombreuses données pour l’étude du TDAH, mais les professeures Szabo et Brisebois visent avant tout à soutenir les étudiants qui en sont atteints.  « Notre objectif, c’est d’introduire ce service dans d’autres cégeps et ensuite, au niveau de l’école secondaire », dit Mme Szabo. « De cette façon, une fois arrivés au cégep, les jeunes auront déjà davantage confiance en leurs capacités. »

Financement : Fonds d’innovation sociale destiné aux communautés et aux collèges

À propos de Collège Montmorency

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Éric Tamigneaux, titulaire de la Chaire de recherche industrielle en valorisation des macroalgues marines

L’exploitation industrielle des algues marines représente un énorme marché en croissance qui alimente de grosses industries essentiellement concentrées dans les pays asiatiques et en Europe.

Le Canada possède des atouts pour développer un pôle industriel dans ce domaine (eaux côtières peu polluées, importantes ressources naturelles en algues). Les zones côtières du Québec ne font pas exception. Les macroalgues qui s’y développent constituent une ressource naturelle avec un fort potentiel commercial puisqu’elles entrent dans la fabrication d’une large gamme de produits (y compris les engrais, les aliments, les produits cosmétiques et les produits pharmaceutiques).

Les algues d’eau froide, à croissance rapide, se prêtent bien aussi à des activités de culture sur les fermes marines et pourraient constituer une voie de diversification intéressante pour les conchyliculteurs. Pour le moment, il existe une industrie émergente de cueillette et de transformation des algues, qui est principalement constituée de PME, mais la recherche appliquée dans ce domaine n’est pas assez développée. Il existe en outre peu de documentation et de soutien technique pour les entrepreneurs.

La création d’une Chaire de recherche industrielle en valorisation des macroalgues marines à l’École des pêches et de l’aquaculture du Québec (ÉPAQ), qui fait partie du Cégep de la Gaspésie et des Îles, regroupera les connaissances, les ressources et l’expertise disponible afin de répondre aux besoins actuels. Le budget obtenu pour le programme de chaires industrielles a permis au cégep et à Éric Tamigneaux, professeur-chercheur, titulaire de cette chaire, de constituer une petite équipe de travail en collaboration avec le Centre d’innovation de l’aquaculture et des pêches du Québec (Merinov) et gestionnaire du Centre collégial de transfert de technologie en pêches (CCTT) au Cégep de la Gaspésie et des Îles. Ces fonds sont actuellement utilisés pour l’organisation d’ateliers et de symposiums, pour des compléments de bourses aux étudiants, pour le fonctionnement de l’écloserie et de la ferme de démonstration d’algoculture de l’ÉPAQ, et pour compléter le financement de projets et servir de levier à la recherche de financement des projets.

Les principaux objectifs de la recherche du professeur Tamigneaux sont de stimuler et de coordonner des projets de recherche appliquée sur les macroalgues, d’offrir un soutien scientifique et technique aux industriels, et de proposer de la formation aux entreprises et aux étudiants. La recherche appliquée s’effectue à l’intérieur de trois volets : les pêches et ressources naturelles, la mariculture et la valorisation de la biomasse algale.

Les projets de recherche seront adaptés aux besoins de l’industrie pour permettre aux entrepreneurs et aux utilisateurs des résultats de recherche de relever les défis reliés à l’utilisation et la gestion durable de la ressource et de stimuler l’économie locale et régionale.

L’un des projets actuels se déroule à Forestville sur la Côte-Nord, chez Algoa, petite entreprise de neuf personnes qui récoltent et transforment 20 tonnes d’algues par an. Le gros des volumes d’Algoa entre dans la composition d’un engrais, « mais ce n’est pas là que je trouve la plus grande valeur ajoutée », précise le président Dany Sénéchal. De petites quantités sont vendues à l’industrie cosmétique, et Algoa développe la filière alimentaire pour des thés et tisanes. M. Sénéchal compte sur la recherche de l’équipe du professeur Tamigneaux pour cerner les propriétés des algues : « Les résultats des recherches françaises ne s’appliquent pas au Québec, avoue-t-il. Les travaux de la Chaire me permettront d’obtenir de l’information vérifiée et vérifiable pour dire que j’ai une algue unique. »

Éric Tamigneaux est professeur-chercheur à ÉPAQ, un des campus du Cégep. Océanographe de formation, Éric Tamigneaux œuvre au Cégep depuis 12 ans, à la fois comme enseignant dans le programme collégial en Techniques d’aquaculture et comme chargé de projet senior au CCTT des pêches.

Au cours des six dernières années, M. Tamigneaux a développé une expertise unique au Québec sur la culture des macroalgues et a œuvré avec succès à stimuler l’intérêt des entreprises et des institutions pour la valorisation des algues. Initiateur du Centre d’étude et de valorisation des algues marines, il a su créer un réseau de collaborateurs issus des universités et du réseau des CCTT.

À propos de Cégep de la Gaspésie et des Îles

Le Cégep de la Gaspésie et des Îles est situé dans un environnement grandeur nature, entouré de plages, du Parc national Forillon et du Parc... Lire plus

Revenir aux connaissances traditionnelles pour trouver des solutions aux problèmes modernes

Dans le Nord du Québec, juste à l’intérieur des terres de la baie James, habite la Nation crie de Chisasibi. Il s’agit d’un nouveau lieu de vie pour un peuple ancien.

L’histoire qui a conduit une nation nomade vers ce petit village a entraîné des perturbations dans tous les aspects de la vie, de la culture et des connaissances. Aujourd’hui, la nation Chisasibi travaille avec des chercheurs, dirigés par le Cégep de Victoriaville, pour instaurer de nouvelles approches à la sécurité alimentaire découlant des connaissances traditionnelles. Ce projet est financé par le Conseil de recherches en sciences humaines à partir de son Fonds d’innovation sociale destiné aux communautés et aux collèges.

Il y a environ 4 000 Cris à Chisasibi. Pour eux, comme pour d’autres communautés du Nord, l’insécurité alimentaire est un enjeu majeur. De plus, l’Institut de la santé publique du Québec rapporte que 80 % des Cris souffrent d’obésité ou de surpoids, mettant ainsi en évidence un autre problème grave concernant l’approvisionnement alimentaire de Chisasibi.

Richard Lair, enseignant au Cégep de Victoriaville et chercheur au Centre d’innovation sociale en agriculture, est le directeur du projet. Il a déclaré dans une entrevue que les problèmes alimentaires de Chisasibi doivent être considérés en tenant compte des éléments qui les ont provoqués : la colonisation, la réduction des subventions pour la nourriture, la perte de la culture autochtone et les pensionnats, qui ont provoqué une disparition progressive des traditions alimentaires.

Parallèlement, la chasse et la pêche coûtent plus cher et sont plus difficiles à pratiquer en raison de l’exploitation forestière et du développement hydroélectrique, selon M. Lair.

« Au fil des ans, plusieurs facteurs ont entraîné une diminution de la part de l’apport alimentaire total provenant de sources traditionnelles chez la population crie », explique-t-il. « Les aliments traditionnels ont été remplacés par plus d’aliments prêts-à-manger et surgelés, contenant plus de matières grasses, de sel et de sucre. Les Cris ignoraient que cette nourriture n’était pas saine. » Cela s’est traduit par l’adoption d’habitudes alimentaires malsaines et par des conséquences négatives généralisées sur la santé.

Il est possible de trouver des solutions aux problèmes d’approvisionnement alimentaire, affirme M. Lair, à condition d’adopter la bonne approche pour les faire connaître. L’approche doit être holistique, comporter de multiples facettes, tenir compte de l’histoire, de la culture et des facteurs politiques qui ont façonné la réalité de Chisasibi.

Il est tout aussi important que les chercheurs comprennent qu’il ne s’agit pas de rendre à la communauté les connaissances perdues sur la nourriture traditionnelle. Leur travail consiste plutôt à aider la communauté à trouver ses propres réponses. Le projet sera réalisé sous la forme d’une « recherche-action participative », une approche de collaboration qui reconnaît les membres de la communauté en tant que cochercheurs et qui s’inspire de l’expérience locale et de l’histoire sociale afin d’orienter ses travaux et ses conclusions.

La première phase du projet consiste à comprendre la situation actuelle, y compris le rôle de l’approvisionnement en aliments traditionnels, en rendant compte des traditions alimentaires cries qui existent encore dans la communauté. La seconde phase vise à aider les Cris à capter et préserver leurs savoirs traditionnels alimentaires à l’intérieur d’une base de données. Enfin, dans la troisième phase, cette connaissance servira à identifier des projets visant à résoudre les problèmes alimentaires et à créer des projets pilotes pour les tester.

Finalement, les chercheurs espèrent partager les connaissances issues de ce projet avec l’ensemble des dix communautés de la nation crie du Nord du Québec et créer un site web comprenant un accès facile à l’information sur les sources alimentaires traditionnelles, les pratiques alimentaires saines et plus encore.

À propos de Cégep de Victoriaville

Le Cégep de Victoriaville c’est près de 1 600 étudiantes et étudiants à l’enseignement régulier, 375 à la formation continue et plus de 400 employés... Lire plus

Yacine Boumghar, Titulaire de la chaire de recherche industrielle sur les extractibles agroforestiers

L’émergence de la bioéconomie représente des opportunités prometteuses pour valoriser des résidus de l’industrie forestière et des matières agroforestières par leur transformation en nouveaux produits. Alors que les connaissances sur la valorisation des matières résiduelles forestière en biomatériaux utilisables ont bien progressé, le développement de la filière agroforestière nécessite des connaissances fouillées de la variabilité de leur composition chimique associée aux sources variées de biomasses ainsi que de la disponibilité de technologies de production efficaces et fiables avec une empreinte environnementale moindre.

Yacine Boumghar, titulaire de la chaire de recherche industrielle sur les extractibles agroforestiers au Collège de Maisonneuve, possède une expertise considérable en matière de bioprocessus d’extraction et de séparation et en application à grande échelle de processus pilotes. Il dirige un programme de recherche sur la conversion de la biomasse agroforestière en matériaux utilisables et sur la mise à l’échelle commerciale de processus d’extraction agroforestière. Cette chaire projette de faire du Collège de Maisonneuve un lieu de convergence des connaissances sur les extractibles agroforestiers et un incubateur de solutions technologiques avant-gardistes pour réponse aux besoins de la communauté et des acteurs industriels. L’équipe de recherche s’affairera à :

  • Développer des écoprocédés d’extraction, de purification et de séparation;
  • Développer des outils analytiques pour la détermination de la composition chimique des extractibles agroforestiers;
  • Évaluer l’activité biologique des extraits ou des fractions d’extrait qui y seront produits.
  • Mettre en réseau le gouvernement, les associations et l’industrie pour favoriser la mise en commun des efforts et harmoniser les actions innovantes;
  • Décloisonner les filières forestières et agricoles relativement aux approches utilisées face aux enjeux scientifiques et économiques tout en favorisant les solutions technologiques intégrées;

La mise sur pied de la chaire a permis à plusieurs coopératives agricoles et forestières et à des entreprises d’entreprendre des projets novateurs favorisant le développement de nouveaux produits et leur diversification. Ces travaux de recherche favorisent la transition de l’économie linéaire vers l’économie circulaire.

« Représentant la société internationale DuPont de Nemours, j’ai eu l’opportunité de collaborer avec le CEPROCQ du Collège de Maisonneuve, dans les dernières années, pour tester de nouvelles sources d’extractibles. J’ai été à même de constater la grande efficacité de cette organisation à organiser la recherche et produire rapidement des résultats tangibles pour l’industrie,» a déclaré Simon Langlois, directeur du développement des affaires, Innovations de construction à DuPont.

À propos de Collège de Maisonneuve

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Cultiver une nouvelle cuvée d’agriculteurs

Le métier d’agriculteur, autrefois transmis de père en fils, est en train de devenir un choix de mode de vie.

Traditionnellement, les fermes du Québec, comme d’autres ailleurs au pays, se transmettaient de parent à enfant, chaque génération faisant son apprentissage essentiellement en effectuant des corvées et en assumant des responsabilités croissantes avant de reprendre la direction de l’entreprise agricole. Mais cela n’est plus vrai. De plus en plus d’enfants d’agriculteurs choisissent des carrières différentes – et au Cégep de Victoriaville, au moins, une nouvelle cuvée d’agriculteurs est en cours de formation.

« Ce programme est rempli d’étudiants qui viennent de milieux non agricoles », explique Simon Dugré, directeur du Centre d’innovation sociale en agriculture au Cégep de Victoriaville. « Ils choisissent cette formation parce qu’ils veulent vivre le mode de vie d’un agriculteur. »

Cette nouvelle cuvée d’agriculteurs est une bonne nouvelle pour le Québec qui a connu une baisse constante du nombre d’entreprises agricoles (le terme utilisé par le Cégep pour toute forme d’agriculture, qu’il s’agisse de produits laitiers, de vignobles ou de légumes). C’est aussi une bonne nouvelle pour les agriculteurs qui sont prêts à prendre leur retraite, mais qui n’ont pas d’enfants souhaitant prendre la relève. Il est difficile d’abandonner toute une vie de travail consacrée à la terre, mais le risque que des mains inexpérimentées fassent péricliter l’entreprise ainsi que la perte de valeur de décennies de connaissances agricoles constituent un problème pour la société autant que pour les familles. Il est également difficile pour les jeunes, qui débutent, d’avoir les moyens d’acheter une ferme et l’équipement nécessaire à son exploitation.

De toute évidence, il était temps d’essayer de nouvelles approches pour renouveler la vie agricole. Le Fonds d’innovation sociale destiné aux communautés et aux collèges du Conseil de recherches en sciences humaines a donc accordé un financement au Cégep de Victoriaville pour mener une recherche et créer un système visant à appuyer le transfert fructueux d’entreprises agricoles à des personnes extérieures à la famille.

Dugré et son équipe élaborent un système de soutien, qui, espèrent-ils, facilitera le transfert des entreprises agricoles à des personnes extérieures à la famille et qui contribuera à la pérennité de ces nouvelles entreprises. Jusqu’à présent, les partenaires de recherche à l’Université Laval n’ont pas trouvé beaucoup de modèles dans la littérature agricole concernant leur projet, à savoir un réseau virtuel d’incubateurs au sein des entreprises agricoles. Parmi les questions importantes qu’ils abordent figurent les suivantes : comment faire pour recueillir les connaissances accumulées par un agriculteur, les transmettre, créer des « communautés de pratique » continues pour soutenir les nouveaux agriculteurs au fur et à mesure qu’ils s’installent, et comment s’adapteront-ils à cette approche?

Au cœur de leur solution se trouve un type spécial de mentors experts en reprise d’entreprises, puisqu’ils sont eux-mêmes passés par là. Ils aideront à identifier les associations adéquates entre les agriculteurs prêts à vendre et les « entrepreneurs agricoles » qui sont à la recherche d’une entreprise agricole. Ils réuniront les deux parties et leur offriront des conseils sur les défis et les décisions relatives à un transfert réussi.

« Si vous avez une bonne relation avec un nouvel agriculteur potentiel, c’est comme une adoption », explique M. Dugré. « Il s’agit de votre vie, vous voulez donc voir l’entreprise continuer et prospérer. Si vous avez la bonne personne avec laquelle bâtir cette relation, l’adoption peut avoir lieu. »

À propos de Cégep de Victoriaville

Le Cégep de Victoriaville c’est près de 1 600 étudiantes et étudiants à l’enseignement régulier, 375 à la formation continue et plus de 400 employés... Lire plus