Ce que j’ai en tête? Avec Pari Johnston.
Le début du semestre d’automne ressemble toujours à un nouveau départ. Chaque année, un petit frisson d’excitation parcourt mon système nerveux au moment de la rentrée des classes.
Aux quatre coins du pays, nos campus membres reviennent à la vie : presque un million d’étudiantes et étudiants arrivent en classe, débordant de rêves, d’appréhensions, d’espoirs pour leur avenir. Le corps professoral et le personnel se préparent pour une nouvelle année d’enseignement, d’apprentissage et d’innovation. Les partenaires communautaires cherchent des solutions aux difficultés locales auprès des collèges et instituts, entre autres activités.
Cette énergie sans pareil qui caractérise le début de l’année scolaire est propice aux réflexions sur les débouchés qui s’annoncent et les responsabilités qui nous incombent, à nous, chefs de file du secteur postsecondaire.
Cet automne, une pensée tourne en boucle dans ma tête : la saine gestion. Ce concept, cet appel à l’action ne figure pas assez souvent dans le débat public ces jours-ci.
Les établissements locaux : un bien public
Au cours des deux années et demie passées, j’ai eu le privilège de rencontrer en personne et virtuellement les membres de 15 conseils des gouverneurs aux quatre coins du pays. Rien que pour l’été et l’automne, j’ai rencontré ou rencontrerai les gouverneurs de six de ces conseils, une hausse notable du nombre de demandes. Sur quoi portent-elles? Communiquer une vue d’ensemble de ce dont je suis le témoin à l’échelle du secteur et décoder ce que cela signifie pour l’orientation à venir de leurs établissements.

Les rencontres inspirantes avec les conseils du Northern Lights College, à Dawson Creek, en Colombie-Britannique, du Niagara College et de l’Algonquin College, en Ontario, ainsi que dans de nombreuses communautés, de Castlegar à Moncton, m’ont amenée à la conclusion suivante : la saine gestion est l’une des formes les plus importantes de leadership dans notre pays, aujourd’hui.
Et les membres des conseils des collèges et instituts publics prennent cette responsabilité très au sérieux, au quotidien.
Dans ces salles de réunion et de rassemblements communautaires, j’ai entendu un large éventail de témoignages, de priorités et réalités locales. Pourtant, un thème commun ressort de ces rencontres : partout où je vais, je constate un profond engagement envers la viabilité et la vitalité de l’établissement de formation public qui ancre la communauté et suscite les espoirs et les rêves citoyens.

Les gouverneurs des collèges et instituts ne sont pas rémunérés. Ce sont des fermières, des artistes, des vétérans, des entrepreneurs, des cheffes des communautés autochtones, des professionnelles de la santé alliées, des fonctionnaires, des diplômés ou des membres du corps professoral, du personnel et de la population étudiante.
Ces personnes offrent bénévolement du temps et de l’énergie, et sollicitent leurs réseaux parce qu’elles sont convaincues de la force de leur établissement local et de son rôle dans la création de possibilités pour tous. Elles gèrent sainement ces établissements comme un bien public qui appartient à la communauté et, par ricochet, à toute la population canadienne.
Qui plus est, leur travail arrive au moment d’une mutation extraordinaire, pour le Canada et notre secteur.
Se rassurer en période de précarité
Notre pays réinvente sa place et son rôle dans le monde. Souveraineté économique, capacités nationales, résilience de la chaîne d’approvisionnement : il s’agit là d’un appel commun à l’action de nos gouvernements, à tous les niveaux, des entreprises et des travailleurs.
Parallèlement, la population canadienne est inquiète. David Coletto d’Abacus Data, décrit cette situation et ce que bon nombre de personnes, au Canada, ressentent sur le terrain : un sentiment de précarité.
Abordabilité, emplois, incertitude économique : les gens sont préoccupés. Mais surtout, ils se demandent si le futur tiendra ses promesses, pour eux-mêmes, leurs familles, leurs enfants.
Dans des moments comme celui-ci, les Canadiennes et les Canadiens sont à la recherche de stabilité, d’éléments rassurants. La population a besoin de la certitude que leurs communautés resteront des lieux où leurs familles pourront s’épanouir et gagner leur vie.
C’est précisément la raison pour laquelle la saine gestion des collèges et instituts publics revêt une si grande importance, d’autant plus que ces établissements se trouvent dans un rayon de 50 km pour 95 % de la population et se situent au cœur des sites des grands projets.
Au cœur de ces communautés, nos membres s’adaptent – changements démographiques, évolution de la politique touchant les étudiantes et étudiants internationaux, nouvelles tendances en matière d’inscriptions, avancées fulgurantes de l’intelligence artificielle, perturbation du marché du travail, décisions opérationnelles difficiles à prendre – et gardent malgré tout le cap sur la mission et l’intérêt public à long terme.
Alors que ces vents contraires tourbillonnent autour de nous, mes échanges avec les CA partout au Canada ne se résument pas à la façon de faire face aux pressions actuelles. Elles se déclinent sur plusieurs fronts : affirmer notre rôle à l’échelle nationale, saisir les nouvelles occasions sectorielles qui se présentent et les traduire en avantages locaux. Autrement dit : veiller à ce que les établissements demeurent forts, appropriés et percutants pour les générations à venir.
Quand le national devient local
Nos établissements répondent aux besoins immédiats : ils préparent la main-d’œuvre spécialisée, travaillent en étroite collaboration avec les employeurs, créent des voies d’accès vers des bonnes carrières. Mais une saine gestion exige également de nous de dépasser les préoccupations actuelles et de saisir les grandes possibilités que recèle l’avenir.
Autrement dit, nous devons aider les communautés à se préparer à accueillir des secteurs émergents qui apporteront de la valeur locale, appuyer des entreprises en pleine mutation, adopter de nouvelles technologies et veiller à ce que les apprenantes et apprenants aient à leur disposition les compétences nécessaires pour réussir dans une économie qui se métamorphose. Autrement dit, nous devons nous soucier du présent sans perdre l’avenir de vue.
Le lieu a son importance. C’est l’une des leçons qui ressort du Projet Transformations communautaires de l’Institut de recherche en politiques publiques.
On ressent localement les changements qui se produisent à l’échelle nationale. Les pertes d’emplois, les transitions industrielles, les perturbations sociales et les mutations technologiques se vivent en premier lieu dans les communautés. Lorsque les établissements locaux sont solides, dignes de confiance et répondent directement aux besoins de la population qu’ils servent, les communautés sont mieux en mesure de faire face à l’incertitude et de s’adapter au changement.
Lorsque les forces en présence à l’échelle mondiale semblent parfois écrasantes – et profondément déstabilisantes –, il est facile de s’intéresser uniquement aux solutions et aux débats nationaux et internationaux.
Nos échanges sur les missions nationales, en tant que pays, sont importants, tout comme une saine gestion nationale pour ressourcer et incarner ces missions. Ils sont même très importants.
Le Sommet sur l’investissement organisé il y a quelques semaines par le Premier ministre Carney a attiré près de 500 milliards de dollars de nouveaux investissements canadiens et internationaux destinés à soutenir notre programme de développement national.
Mais une saine gestion locale importe encore plus de nos jours, parce qu’elle permet de traduire cette ambition nationale en retombées locales. C’est ce qu’on n’a cessé de me rappeler cette année. Cette saine gestion garantit que les annonces d’investissements deviendront de véritables projets et produiront des avantages locaux garants de l’épanouissement des communautés.
Partout au Canada, des personnes dévouées issues de tous les horizons se rassemblent dans les conseils des collèges et guident, discrètement, les établissements publics dans une période de bouleversements et d’opportunité. Elles les aident à définir la stratégie et à prendre des décisions, non seulement pour le prochain trimestre, mais aussi pour la prochaine génération.
Ces personnes assurent, de manière réfléchie et délibérée, la saine gestion des stratégies des établissements pour développer les talents et la main-d’œuvre, l’innovation et la productivité; pour renouveler la communauté, assurer la résilience. À de nombreux égards, elles assurent la saine gestion de l’avenir du Canada, surtout au moment où la confiance publique dans nos établissements n’a jamais été aussi fragile.
Le récent baromètre Edelman de la confiance de Global Report montre de nouveau qu’on accorde une grande importance aux établissements compétents et responsables, qui s’engagent à agir au service de la société. La saine gestion en est la pierre angulaire, c’est le pilier de la confiance que l’on gagne et que l’on conserve, grâce à une action réfléchie, à des relations locales et à un engagement à long terme.
Les gardiens de cette saine gestion nous mettent en garde, en cette ère d’isolement : les établissements publics doivent faire office de « courtiers en confiance » qui savent combler les fossés et nourrir des objectifs et un optimisme communs.
En ce début d’année scolaire, je tiens à remercier les gouverneurs des collèges et instituts, la haute direction, le corps professoral, le personnel, la population étudiante et les partenaires communautaires qui assument leurs responsabilités quotidiennes en matière de saine gestion.
Ici à CICan, je tiens aussi à saluer les leaders bénévoles qui assurent la saine gestion de notre association au nom du secteur. Je pense notamment à la nouvelle présidente et à la nouvelle vice-présidente du conseil d’administration, à savoir Carolyn Campbell, présidente-directrice générale du NorQuest College, et Marie-Chantale Lortie, présidente du Groupe MCL – Partenariats et Financement et administratrice.
Leur saine gestion responsable et inspirée de la Feuille de route pour 2030 de CICan est un véritable cadeau que je ne tiens pas pour acquis.
Leur leadership illustre le même engagement que j’observe à l’échelle du pays, la conviction que les collèges et instituts sont des ancres communautaires essentielles et des bâtisseurs de la nation qui doivent demeurer forts, pérennes et orientés vers l’avenir.
Bâtir pour l’avenir
Les difficultés qui nous attendent sont bien réelles. Mais les occasions à saisir le sont tout autant.
Les collèges et instituts publics, les cégeps, établissements polytechniques et instituts d’enseignement autochtones ont toujours aidé le Canada à induire le changement et à bâtir pour l’avenir.
La saine gestion, c’est notre tâche la plus importante en ce moment. Il s’agit de guider nos établissements, les apprenantes et apprenants, nos communautés et notre pays dans une période de grandes mutations, pour bâtir un Canada fort et résilient.
Ce que j’ai observé partout au Canada au cours de l’an passé me permet de rester optimiste : nous sommes entre de très bonnes mains.
