Qu’ai-je en tête? Avec Pari Johnston.
Depuis le retour des député·es à la Chambre des communes après le congé des fêtes, les priorités convergent vers la mission d’édification du pays promise au Budget de novembre sous forme d’investissements en logement, en grandes infrastructures et en défense.
Si l’on en croit le discours percutant du premier ministre Carney au Forum économique mondial de Davos la semaine dernière, cette session parlementaire ne marquera pas un retour à la normale.
Le premier ministre annonçait un nouvel ordre mondial suivant une rupture plutôt qu’une transition, et soulignait la nécessité de prendre des décisions en temps réel concernant l’avenir du pays. Et ce, en envisageant clairement une alliance entre puissances moyennes, des relations commerciales internationales servant les intérêts communs, une capacité de défense souveraine et une économie nationale solide.
Parallèlement, la population canadienne se préoccupe des emplois locaux, du logement, du panier d’épicerie, de l’avenir des jeunes et des soins aux personnes âgées.
Nos établissements ont toujours cherché des solutions pour leur milieu lors de crises nationales. Notre devoir est donc d’ancrer l’appel du premier ministre à la croissance, à la souveraineté et à l’unité dans ce que notre secteur fait le mieux, chaque jour dans nos collectivités : ouvrir des possibilités réelles, livrer des résultats et établir des partenariats pour semer l’espoir dans les communautés étudiante, diplômée et entrepreneuriale du Canada.
Des solutions au rythme et à l’échelle des besoins en main-d’œuvre
Le gouvernement mise gros sur le programme de Projets d’intérêt national dans son ambition d’édifier la nation. Le nouveau Bureau des grands projets (BGP) accélérera donc l’émission de permis, les autorisations réglementaires et le financement de ces projets. La « stratégie humaine » pour les réaliser n’est cependant pas de son ressort. En réalité, ces initiatives n’aboutiront à rien sans une main-d’œuvre compétente prête à l’action, issue d’un bassin de talents adéquat.
Les promesses du BGP ne reposent pas sur des chiffres, mais sur les solutions aux écarts structurels du plan canadien de gestion des talents.
C’est ici que nous intervenons. Les collèges et instituts publics ne font pas qu’offrir des formations : ce sont des centres régionaux de coordination de la main-d’œuvre, de soutien à la réussite étudiante et de collaboration avec les employeurs sur les parcours d’apprentissage adaptés à leur secteur.
Prenons l’exemple du Northern Lights College de Dawson Creek (C.-B.), qui œuvre avec Tourmaline Oil, le plus grand producteur de gaz naturel au pays, pour cocréer et livrer une formation immédiate en opérations techniques. Ce projet aidera à combler les écarts en main-d’œuvre dans le secteur et garantira aux cohortes un emploi dans la province ou au pays. C’est une approche reproductible et adaptable dans nos autres partenariats.
En ce début de session parlementaire, notre priorité est de travailler conjointement avec le gouvernement fédéral à pallier la fragmentation de programmes à but unique pour générer des investissements ciblés à la largeur du système afin de renforcer la capacité en formation, la mobilité de la main-d’œuvre et les parcours d’apprentissage. Et ce, pour garantir un bassin de talents pour les projets d’intérêt national et pour stimuler les investissements à grande échelle du secteur privé qu’y reposent.
- Rappelez-vous que les établissements publics canadiens forment environ 70 % des apprenti·es au pays, et sont souvent les seuls formateurs intégrant un volet de préapprentissage à leur programme. Et ce, dans plusieurs régions, particulièrement dans les zones rurales et éloignées, point zéro de plusieurs de ces grands projets.
Nous tiendrons des conversations stratégiques sur la formation possible de partenariats avec les gouvernements, les entreprises et les travailleuses et travailleurs en vue de créer des modèles de programmes novateurs au rythme et à l’échelle des besoins, et de moderniser le système d’apprentissage canadien pour garantir une diplomation accélérée et un taux d’achèvement accru. Ces facteurs amélioreront la disponibilité, la mobilité et l’adaptabilité de la main-d’œuvre canadienne.
Notre mission de préparation à la défense
La communauté internationale se fragmente rapidement; notre sécurité nationale préoccupe donc le gouvernement et la population. Le Budget 2025 prévoyait prévoit un investissement de 81,8 milliards de dollars sur cinq ans, notamment pour attirer 13 000 nouveaux militaires actives et de réserve au sein des Forces armées canadiennes. Le Canada s’est également engagé à atteindre les cibles de 5 % fixées par l’OTAN d’ici 2035.
En outre, une Stratégie industrielle de défense hautement attendue doit consolider la capacité de défense souveraine du Canada en accroissant l’innovation et la fabrication de pointe, en protégeant les chaînes d’approvisionnement, en améliorant l’accès des PME aux capitaux et en développant des technologies à double usage.
Notre réseau constitue un atout stratégique. Les collèges et instituts publics du pays ont démontré leur expertise en formation professionnelle et en innovation appliquée comme solutions aux besoins cruciaux en main-d’œuvre, en personnel et en technologie de la défense dans les secteur militaire et civil.
- Le programme Leaders canadiens en mer auquel j’ai participé en décembre m’a appris que la Marine royale canadienne à elle seule nécessitait immédiatement 2 000 nouvelles recrues de marins et un millier de nouvelles recrues en techniques maritimes.
Nous visons donc une coordination nationale pour atteindre ces objectifs en favorisant de solides relations locales et régionales avec les leaders de la défense pour amplifier les résultats. Par exemple, quatre établissements membres de CICan participent déjà à l’initiative Accélérateur d’innovation de défense pour l’Atlantique Nord (DIANA) de l’OTAN où ils contribuent à l’expertise en robotique, en cybersécurité, en drones, en communications sécurisées de même que dans d’autres domaines.
Le Réseau collégial de formation et d’innovation en défense de CICan compte maintenant 60 membres comme chefs de file.
Pour permettre au Canada d’atteindre la cible de l’OTAN et de concrétiser ses ambitions en matière de personnes et d’équipements, l’écosystème de défense nationale doit considérer notre réseau pancanadien comme un partenaire prêt, motivé et essentiel.
- Pendant la session parlementaire, je continuerai d’avoir des discussions productives avec les ministères (Défense nationale; Innovation, Sciences et Développement économique Canada; Forces armées canadiennes; Anciens combattants Canada) pour trouver des solutions rapides et à la hauteur des attentes en matière de formation, de main-d’œuvre et d’innovation au pays.
De l’ambition à l’action
L’année promet des enjeux de taille en ce début de session parlementaire où la population canadienne s’attend à ce que la crise mondiale se traduise en solutions nationales. Comme j’ai grandi dans les Prairies, je perçois le moment comme l’occasion de démontrer courage et esprit pratique en cultivant des partenariats solides, coordonnés et résolus.
Comme le soulignait Mark Carney à Davos, le Canada dispose de ce que recherche le reste du monde – capital, talents, ressources, valeurs solides, possibilités et une vision claire pour l’avenir.
- Des investissements appropriés permettront à nos collèges, instituts, cégeps, établissements polytechniques et instituts d’enseignement autochtones d’harmoniser ambitions et réalisations en collaborant avec les employeurs, la main-d’œuvre et les gouvernements – une façon inédite et audacieuse d’obtenir des résultats concrets.
Au nom de CICan et de ses membres, je m’engage à collaborer avec l’administration fédérale tout au long de la session, afin de garantir l’édification d’un Canada fort et souverain grâce au partenariat d’un réseau public postsecondaire en plein essor, d’un océan à l’autre.
