Par Pari Johnston, présidente-directrice générale, Collèges et instituts Canada
Ce texte d’opinion de Pari Johnston a été publié par Means & Ways le jeudi 16 juillet.
L’IA pour tous, nouvelle stratégie fédérale, expose un cadre clair plaçant le Canada comme leader mondial en matière d’IA responsable, sécuritaire et souveraine.
Ce plan audacieux bénéficie d’investissements de plus de 2 milliards de dollars ciblant la création de près de 250 000 emplois et une approche coordonnée vers une adoption accrue de l’IA dans tous les secteurs économiques.
L’aventure canadienne en IA est, fondamentalement, une histoire de compétences.

La stratégie reconnaît que les résultats marquants ne seront pas produits par des algorithmes, mais par des intelligences humaines qui la manipuleront, par les entreprises qui sauront l’intégrer et par les établissements qui soutiennent ces utilisateurs.
J’y crois. La barre est haute, mais la force indéfectible de partenaires comme les collèges et instituts canadiens agit déjà avec résolution et intention en temps réel.
En première ligne de développement de la main-d’œuvre nationale, nous nous assurons que la clientèle étudiante et de mi-carrière est apte à adopter, déployer et intégrer les nouvelles technologies dans les salles de classe et dans les ateliers.
Nous outillons nos collectivités rurales, éloignées, nordiques et urbaines pour traverser avec succès cette période de perturbations économiques et de transition industrielle.
Notre réseau de plus de 120 établissements bien ancrés dans leur milieu sert le pays en transformant l’ambition nationale en retombées locales.
Déjà, 28 établissements collégiaux et polytechniques d’un peu partout se sont joints au consortium AI Workforce Readiness de l’Alberta Machine Intelligence Institute. L’objectif du consortium : former de plus de 125 000 étudiantes et étudiants canadiens aux compétences fondamentales en IA chaque année et offrir de la formation sur l’IA dans des domaines prisés comme les soins infirmiers, la bio-informatique et l’éducation de la petite enfance.

De même, la collaboration de la Seneca Polytechnic et du Groupe de la Génération du personnel militaire élargit la formation sur les outils alimentés par l’IA destinée aux membres des Forces armées, et sept formations courtes en IA élaborées par le Cégep de Lanaudière offrent à sa clientèle professionnelle à mi-carrière l’occasion de se reconvertir.
Si L’IA pour tous est avant tout une histoire de compétences, l’issue heureuse en est l’adoption à grande échelle.
Imaginez l’ampleur de l’ambition du gouvernement : le Canada vise à accroître l’usage de l’IA par les entreprises, estimé actuellement à 12 %, jusqu’à 60 % en dix ans (soit cinq fois plus), ce qui refaçonnerait le fonctionnement de la plupart des secteurs.
Cette transformation exigera des investissements soutenus en formation appliquée, en transition de carrière et en capacité à traduire la recherche accomplie par l’IA en avancées réelles, dans les hôpitaux, les usines, les fermes et les petites entreprises partout au pays.
C’est notre zone de frappe. Les collèges et instituts travaillent en partenariat avec des centaines de PME dans environ 9 000 projets de recherche appliquée chaque année pour réduire les risques liés à l’adoption des nouvelles technologies dans divers secteurs. Par exemple, le Carrefour en IA du Durham College a reçu un financement dépassant 5 M$ pour soutenir plus de 320 projets de partenariat avec des PME visant l’adoption de ces technologies, l’instauration de flux de travail assistés par l’IA et l’investissement dans la formation.

Au moins 25 centres de recherche collégiale canadiens se spécialisent en IA, dont le Centre d’intelligence artificielle appliquée JACOBB, qui intègre l’IA à l’économie québécoise, et le Digital Integration Centre of Excellence de la Saskatchewan Polytechnic.
Le Canada peut se fier à ses établissements publics pour mettre en œuvre sa stratégie.
Les collèges doivent donc devenir partenaires de l’Initiative régionale en matière d’intelligence artificielle, projet de 500 M$, pour assurer que les entreprises de chaque région ont accès aux talents et au soutien requis dans l’adoption de l’IA. Les collèges et instituts doivent être en mesure de faire ce qu’ils savent le mieux faire, grâce à des investissements ciblés dans leur capacité de formation, leurs infrastructures et leur équipement de formation à l’IA pour répondre aux besoins en main-d’œuvre.
Le Canada a pris une décision importante.
Il a choisi de rehausser sa compétitivité, au-delà de la recherche, dans les domaines d’adoption, de productivité et de retombées concrètes. Il a reconnu que l’IA est plus qu’une avancée technologique, elle promet l’édification d’une nation.
Une adoption réussie de l’IA à l’échelle nationale signifie qu’une entreprise d’aménagement paysager à Abbotsford, en Colombie-Britannique, peut élaborer des spécifications en temps réel, qu’une coiffeuse du Vieux-Port de Montréal peut vous faire voir les nouveaux styles à même votre fauteuil ou qu’une société minière du Nord de l’Ontario peut prévoir son volume annuel en un seul clic.
Bref, elle évoque une population canadienne, actuellement divisée sur l’usage de l’IA, finalement informée, outillée et apte à en reconnaître les bienfaits au quotidien.
C’est ce à quoi s’attendent les Canadiennes et Canadiens.
Et c’est ce que les collèges et instituts canadiens peuvent livrer en tant que partenaires à part entière, prêts à transformer une vision nationale en réalité bien concrète.
